Mon regard, mon vécu, mon ressenti de Maman sur la prématurité

Dimanche, mon p’tit Loulou fêtera ses un an. Déjà !

Je le revois si petit, il me semblait si fragile. 

Petit, il l’était puisqu’il nous a fait la surprise d’arriver avec un peu d’avance.

Avant de continuer, je te préviens de suite, que ce récit sera très long et non illustré d’images!!!

Lors de ma visite du 3ème trimestre, la gynécologue m’a mis au repos forcé, du fait que mon col était légèrement modifié. C’était lundi. Elle m’a dit que si je restais tranquille, bébé resterait bien au chaud, pendant encore deux à trois semaines minimum.

Donc, en rentrant, j’ai fait la carpette sur le canapé. Plus de courses, plus de repas, plus de ménage. mes journées se résumaient à passer du lit au canapé, à naviguer sur le net, faire la sieste et regarder la télévision. Il faut dire que j’avais de la chance, Monsieur L. est mon premier enfant (donc personne d’autre à s’occuper) et j’ai un Chéri en or, qui a tout géré.

Vendredi 22 Novembre après-midi, Chéri rentre du travail de bonne heure. Moi, je me sens bien. Sauf que j’ai l’impression que bébé m’appuie bien en bas, et que j’ai envie d’aller au pipi-room toutes les cinq minutes. Heureusement j’avais pu assister à un seul cours de préparation à l’accouchement. La sage-femme, nous avait dit que si après être aller aux toilettes, on avait toujours cette sensation de perte de liquide, il valait mieux se rendre à la maternité, histoire de vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une fissure de la poche des eaux.

 Heureusement pour moi, mes valises de maternité étaient déjà prêtes. Vers 18 heures, nous avons donc décidé d’aller faire un petit contrôle à la maternité.

Arrivés à la maternité, je suis prise en charge rapidement. Plus de doute possible, j’ai une fissure de la poche des eaux. Plus de marche arrière possible, je passerai la nuit à la maternité et le lendemain matin, mon accouchement sera déclenché.

En fait, je suis à 35 SA, et je ne pense pas que mon fils est prématuré, je suis contente de le rencontrer enfin.

Je ne suis pas stressée. De plus, l’infirmière qui m’avait accueillie la veille, m’a pas dit que Bébé n’irait pas nécessairement en couveuse. Ce qui dans ma tête, voulait dire « NON, pas de couveuse ».

Seulement à quelques minutes de la naissance, la sage-femme m’annonce qu’un pédiatre attend mon fils dans la salle d’à côté et qu’il partira en néonat. en couveuse. Glouppps! 

Monsieur L. nait à 13h54, je le vois quelques secondes, puis il l’emmène pour les premiers soins. Il me le ramène deux, trois minutes, tout au plus, avant de le mettre en couveuse et de le conduire en néonat.

Les heures passent. j’en profite pour prévenir la famille, les amis, que Monsieur L. est enfin parmi nous.

J »harcèle » les sages-femmes pour me lever et aller voir mon fils. Péridurale oblige, interdiction de se lever. je ne reverrai mon fils qu’à 20h. Il respire, heureusement seul. Mais le voir brancher (perfusion, battements cardiaques, respiration, saturation, température, sonde gastrique) me rend malade. 

Je passe donc ma première nuit de Maman, seule.

Dès le lendemain, à 5 heures, je vais vers un tour en néonat. pour voir comment s’est passée la nuit de mon Loulou. J’y retourne avec le Papa vers 8, heures, une sage-femme, douce, adorable est en train de faire la « première » toilette de mon fils. Je suis dépitée. Je n’ai pas mon fils avec moi. Une sage-femme, aussi gentille soit-elle, s’occupe de mon bébé, à ma place. 

Toute ma fustration sort. Je pleure, je sanglote, telle une enfant. 

Lorsque je retourne dans la chambre, j’essaie de tirer mon lait pour la première fois. A l’aide d’une machine. Je suis motivée, d’autant plus que l’on me dit que cela aiderait mon enfant. Pathétique, à peine quelques gouttes.

Heureusement, une bonne nouvelle arrive. Je suis en « forme » et une chambre vient de se libérer en unité Kangourou (unité mère-enfant). On explique que c’est un investissement personnel, qu’il faut que je sois sûre de moi. On me demande de bien y réfléchir. En un centième de secondes, je le sais, je veux y aller.

Mais une incertitude plane, pour combien de temps?

Les premiers jours se passent bien. Bien évidemment, je suis fatiguée, mais heureuse d’être enfin avec mon bébé. Les nuits se résument à quelques minutes de sommeil. En fait, Monsieur L. étant relié en permanence à tous ses capteurs, il y a des « bips » en permanence, des alertes quand ça se débranche. Et puis, les premiers temps, je passe mon temps à scruter les machines, leurs indications. J’en deviens dépendante.

Au fil du temps, je m’aguerrie, je débranche les capteurs, le sors de sa couveuse, le rebranche, je le baigne seule sans l’aide d’infirmière.

Après une semaine, à ma demande, et d’un commun accord avec l’équipe médicale, on lui retire tous ces capteurs. Je suis obsédée par tout cet appareillage et appréhende le retour à la maison sans tout ça. Il est donc urgent de me « désintoxiquer ».

Reste juste la sonde gastrique, qui lui permet d’être alimenté.

Les jours passent, il prend un peu au sein, un peu au biberon, et le reste grâce à la sonde gastrique. Je note tout.

On peut enfin le passer dans un berceau normal! Bye bye la couveuse, il garde sa température. On lui met l’ensemble de naissance qu’on lui avait choisi. Beaucoup trop grand. Heureusement, le Papa a acheté des pyjamas de prématuré. 

Chaque jour, au passage du pédiatre, je suis fébrile. Va t-il enfin m’annoncer la sortie? Cela fait déjà une semaine et demi que l’on est ici. Non pas encore. Il faut d’abord qu’il se nourrisse seul. 

Je dois avouer que certains jours sont plus difficiles. Les visites sont interdites, la famille « s’impatiente » au téléphone, et se languit de voir enfin bébé. Quinze jours maintenant que je ne suis pas sortie.

Heureusement, le service où je suis, et le personnel sont au top. Me voyant un peu effondrée, il me propose quelques heures de sortie avec mon Chéri. Bon, j’ai réussi à les appeler quand même pour être sûre que tout allait bien. En même temps, c’est leur métier, mais bon…

Certains jours, Monsieur L. boit presque l’intégralité de sa ration quotidienne sans sonde gastrique, je me dit que ça y est, on va sortir. Mais le lendemain, ce n’est pas top. Notre sortie est encore repoussée. Je dois avouer que certains jours, j’arrive à être frustrée, à la limite de la colère. J’ai l’impression que nous ne quitterons jamais cet hôpital.

Et puis enfin, au bout de deux semaines et demi, le pédiatre nous annonce que nous allons rentrer à la maison.

Mon chéri, comme à son habitude, à tout gérer, la maison est nickel, tout est prêt.

Le retour à la maison se fait relativement sereinement. Les grands-parents sont là. Tout va bien. 

Bon je te l’accorde, on a appelé une ou deux fois, le service néonat, pour quelques inquiétudes passagères. Mais dans l’ensemble, tout va bien.  Nous sommes tellement fiers, et contents, à chaque visite chez le pédiatre, quand il nous annonce qu’il a pris tant de centimètres et de grammes.

Bilan un an après :

– j’avoue que j’en ai voulu à l’équipe médicale de m’avoir retiré mon fils aussi vite après sa naissance

– j’avoue que j’en ai eu marre, plus d’une fois durant notre hospitalisation

– j’avoue avoir été à deux doigts d’arrêté mon allaitement (qui aura duré un mois et demi)

– j’avoue en avoir voulu, l’espace de quelques secondes, à mon fils, de boire mieux ses biberons (moins fatiguant pour lui)

– j’avoue en avoir eu ras-le-bol de tirer mon lait et avoir sauté quelques tirées

– j’avoue avoir eu le coeur qui s’emballait à chaque « bip » des machines

– j’avoue que cette année n’a pas toujours été facile

– j’avoue que certainement plus couvé mon fils que s’il était né à terme

 

Ce que tu dois retenir de tout ça, c’est que tout ce qui est fait durant l’hospitalisation, l’est dans l’intérêt premier de ton enfant.

Oui, je ne te cache pas qu’il y aura des moments difficiles. Mais, j’ai aujourd’hui un enfant magnifique, plein de vie (c’est peu de le dire).

Je partage la peine, l’angoisse des parents qui ont, ou auront un bébé arrivé un peu trop tôt. Je les comprend.

J’aurai simplement aimé durant cette période sensible, pouvoir « vider mon sac », dire mon ressenti. C’est ce que je viens de faire aujourd’hui, à travers ce récit, que je termine, la larme à l’oeil et soulagée.

 

 

 

 

 

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9 réflexions sur “Mon regard, mon vécu, mon ressenti de Maman sur la prématurité

  1. Je comprends tout ce que tu as écris car je viens de passer par là moi aussi. J’ai accouché à 34SA, mon bébé a été transféré dans un autre hôpital équipé d’un service de néonat’ juste après sa naissance et j’ai pu le rejoindre le lendemain après mon transfert. Après 3 semaines d’hospitalisation, il a enfin pu sortir et rentrer à la maison avec nous ce week-end ! (c’est tout récent) Contrairement à toi, je n’aurais pas supporté de rester enfermée en chambre mère-enfant durant tout ce temps (deux jours m’ont suffit !). De toute façon, je n’ai pas eu le choix, il n’y avait que deux chambres et on nous y fait entrer quand notre enfant est prêt à sortir. Nous avons donc fait les aller-retours tous les jours durant ces 3 semaines, c’était fatigant et chaque jour je me demandais quand il pourrait enfin sortir !

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  2. Pingback: Quand les PATIENTS sont traités comme de simples CLIENTS | Chroniques d'une Maman en CDI

  3. Tu as de la chance d’avoir pu te sevrer des machines à l’hôpital, moi on ne l’a « débranché » que quelques heures avant sa sortie. Sachant qu’il avait fait deux malaises graves (arrêt respi, déssat, bradicardie) et une syncope de pleurs (merci l’équipe qui le laisse hurler de faim pendant 1h avec maman à la porte qui n’a pas le droit de rentrer pour cause de zone stérile…). Bref j’étais droguée aux machines, du coup à la maison on a foncé acheter un Angel Care que je n’ai réussi à retirer du lit qu’il y a quelques semaines…. mon fils à deux ans passé. L’accompagnement aurait pu être meilleur, médicalement il était au top mais humainement, c’était léger, pour lui comme pour moi (non on ne peut pas vous apporter le lait que vous avez tiré, c’est changement d’équipe. Ok, c’est parti pour 30min de bébé qui hurle à plein poumons qu’il a faiiiiim, merci les « transmissions »).

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    • Ah franchement j avoue que médicalement et humainement j ai eu de la chance. Quand je suis arrivée la première fois à 5h du matin l infirmière qui le lavait, le caressait, lui parlait d une voix douce. Je précise qu elle ne m’avait pas vue. Mais c est une expérience que je ne souhaite à personne. 2 ans après je suis toujours aussi touchée en y repensant.

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  4. Quel souvenir compliqué la néonat… Mon fils y a passé 5 semaines, et j’en garde une trace douloureuse. L’impression d’avoir « raté » le début de vie avec lui. Et surtout, j’ai découvert la prématurité… lui ne l’était pas, et fort ces toutes petites crevettes à côté, toute la méticulosité des soins… Je n’aurais jamais cru. Je n’avais pas conscience de ça en fait. A force d’entendre dire de telle ou telle copine « oui elle a accouché prématurément mais tout va bien, » on en a oublie de comprendre que rien n’est évident dans ce genre de cas.

    Aimé par 1 personne

    • Ici aussi ça a été difficile. Et encore aujourd’hui. J angoisse toujours et j avoue que l idée d avoir bébé 2 est en partie remise à cause de ça. Je pense que seuls les parents ayant connu cette épreuve peuvent vraiment comprendre à quel point c est difficile et encore douloureux.

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  5. Coucou,

    Après 6 ans…je ne garde que les bons souvenirs pour ma part…et pourtant, 2 mois d’hospitalisation avec alitement stricte, 2 mois de néonat….mais une bonne prise en charge des équipes , une bonne ambiance….Pour ma part, je ne l’ai pas mal vécu…au contraire, j’étais heureuse d’avoir ma fille vivante et en bonne santé malgré sa grande prématurité à 30sa (ma première fille est née à 24 sa est n’a pas survécue)….Alors oui, on culpabilise, et je pense que c’est normal….mais après quelques années, quand on voit que son enfant va bien, ce sentiment disparaît

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