Ils ne connaîtront jamais leur bébé

Aujourd’hui, je vais te parler d’un sujet hautement sensible : la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal.

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J’ai la chance de ne pas être directement concernée par le sujet. Mais j’ai malheureusement dans mon entourage, un certain nombre de personnes qui y ont été confrontées.

Une personne proche de moi, a perdu son bébé le jour de sa naissance. Pourtant, rien dans le déroulement de sa grossesse n’indiquait qu’une fin si tragique se dessinait.

Elle a vu son gynécologue, quelques jours auparavant, en vue de son accouchement. Elle était à une semaine de son terme. Malheureusement, les choses ont mal tournées pour cette famille. Un matin ayant mal au ventre, mais ne sentant pas le bébé se manifester, elle s’est décidée à se rendre à la maternité.

Arrivée sur place, les choses sont allées très vite, trop vite. On lui a branché le monitoring, puis sans rien lui expliqué, on l’a emmené au bout de cinq minutes, pour une césarienne d’urgence. Ne comprenant toujours pas ce qu’il se passait, elle les a juste vu emmener son bébé. Mais c’était trop tard, depuis plusieurs heures en fait.

On lui a simplement indiqué que son enfant était mort-né. Puis ils l’ont installé dans une chambre du service maternité. Et là fut sa nuit la plus longue. Seule dans sa chambre, à entendre les pleurs des bébés des autres chambres. Elle a vécu un véritable calvaire. Moins de 24 heures après son entrée à la maternité, elle signait une décharge afin de sortir au plus vite de cet enfer. 

Entre temps, son Mari, avait pris soin de démonter la chambre du bébé, qu’ils avaient fini d’installer quelques jours avant ce drame.

Je crois, que le plus dur pour eux, a été les réflexions des personnes qui en voulant apaiser leur chagrin, ne faisaient qu’enfoncer le couteau dans la plaie :

 » – ce n’est pas grave, vous en aurez d’autres

– en même temps, il fallait que ça arrive maintenant, vous n’avez pas eu le temps de vous attacher

– c’est un mal pour un bien, imagine il aurait peut-être été handicapé

… » 

Et j’en passe. Au final, ces petites phrases « toutes faites » sont de véritables coups de poignards!!!

Et puis il y a aussi la détresse du Papa. Parce que, peut-être, que l’instinct paternel ne vient que le jour de la naissance de son enfant (je sais : ce point est plus que discutable, mais on y reviendra dans un autre article), mais lui aussi s’était projeté avec ce bébé. Lui aussi avait participé au choix de son prénom, à la décoration de sa chambre, à l’achat des premières affaires de bébé.

Pour ma part, je suis restée en retrait de cette tragédie. Par pudeur, mais aussi beaucoup par lâcheté. A l’époque, je n’étais pas encore mère, mais j’imaginais grandement la peine de ces parents. Et puis la peur d’être maladroite, de ne pas avoir les mots, bref, j’ai préféré ne pas m’immiscer.

Au final, beaucoup de personnes ont fait comme moi, et ont préféré les laisser vivre leur deuil dans leur coin. Sauf, qu’après plusieurs mois, il s’est avérée que ces parents n’avaient pas eu de prise en charge et qu’ils étaient dans une grande détresse morale et psychologique. Après avoir parlé avec eux, près d’un an après l’évènement, j’ai découvert qu’ils souffraient énormément, et que le fait de pouvoir en parler à une personne, autre que la famille proche (à qui on ne dit pas tout) leur a fait un bien fou.

Ce qui m’a étonné, c’est que le corps médical ne leur ai pas proposé de les épauler dans cette épreuve, au moins en les orientant vers une association, vers un psy.

On m’a rapporté également, par une amie,  il y a quelques temps, qu’une famille avait perdu leur fille suite à une IMG très tardive (7 mois de grossesse). Les parents s’étaient préparé psychologiquement à ce choc. Mais, afin de préserver leur première fille de 5 ans, ils l’avaient laissé « à l’écart » de tout ça. Ils lui avaient simplement expliqué que « sa petite soeur était trop fatiguée, et qu’elle allait partir au ciel pour toujours ».

Sauf, que quelques semaines après l’IMG, la grande soeur, était dans un état de fatigue de folie pour une enfant de son âge, elle ne dormait presque plus, et lorsqu’elle dormait, elle avait des terreurs nocturnes.

Poussés par les grands-parents, les parents ont décidé d’emmener leur fille chez un psychologue, après deux mois d’insomnie. IL s’est avérée que la petite était traumatisée à l’idée de s’endormir car fatiguée, et de partir à jamais sans revoir ses parents. 

En fait, en voulant épargner leur fille de ce drame, c’est l’effet inverse qui s’est produit. Bien évidemment, je ne jette pas la pierre aux parents, mais je me pose la question de savoir pourquoi cette petite n’a pas été prise en charge par le personnel médical lors de l’IMG.

Vu de l’extérieur, j’ai l’impression que les parents qui perdent un enfant lors de la grossesse, ou de l’accouchement, sont bien seuls, et peu pris en charge. 

J’ai conscience que le personnel soignant est probablement peu formé et a peu de temps, mais je pense qu’une prise en charge psychologique par un autre service serait peut-être indiquée dans un tel moment.

Je mesure chaque jour, même si ce pas toujours tout rose et facile, la chance d’avoir un enfant en bonne santé. Et voudrais dire aux parents qui ont subi un tel drame, que les mots ne pourront probablement pas apaiser leur chagrin, mais qu’ils ne faut pas s’enfermer, se renfermer et que ce n’est faire preuve de faiblesse que de faire appel à une aide extérieure. Au moins d’en parler, pour avancer, et recommencer à vivre, et à composer un nouvel avenir. 

http://www.une-marche-pour-nos-anges.fr/

http://www.petiteemilie.org/

http://hesperanges.fr/

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2 réflexions sur “Ils ne connaîtront jamais leur bébé

  1. Je te rassure, dans n’importe quelle mort l’équipe médicale est nulle… Le médecin ne m’a jamais clairement dit que Tom était mort, c’est moi qui ai du l’annoncer à son père… On est repartit des urgences avec un « tenez le fascicule, il y a le numéro de la psy, voulez vous du lexomil pour cette nuit? »….

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  2. Un beau et triste article, le corps médical ne sait pas annoncer les mauvaises nouvelles, du décès a un diagnostic pessimiste, nous nous mesurons la chance que nous avons aujourd’hui avec notre enfant, car a 5 mois de grossesse après deux échographies on nous annonçait un risque de maladie grave pour notre enfant a naître et nous étions dévastés , entre les mauvais films que l on se mets en boucle dans la tête les décisions peut être mauvaises a prendre nous étions un peu seuls. Heureusement que tous s’est bien terminé mais je ne remercie pas le médecin qui ne nous a ni épaules ni rassures et qui était même fort désagréable.

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